mercredi, 04 février 2009

Le vieux pêcheur

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Assis sur un banc dont les lattes sont gondolées et dépeintes par les âges, Antoine regarde diverger des centaines de voyageurs à la sortie d'un grand bateau de croisière qui vient d'entrer au port. Certains sont engloutis au plus profond de la foule, donnant l'impression de ne jamais en ressortir. Ils sont pris au piège par ce grand mouvement qui les submerge sans qu'ils ne parviennent à reprendre leur souffle et tentent, sans conviction, de se débattre par peur d'être noyés dans ce bain. Ceux-là, après avoir été refoulés par ceux qui les entouraient, restent encore quelques minutes sur le quai, devant le bâtiment qui mouille au port, puis s'éparpillent pour finalement s'évanouir dans l'épais brouillard qui enveloppe la ville. Antoine ne peut s'empêcher d'y voir l'aquarelle de sa triste vie. Lui qui a vu disparaître tous ceux qui s'étaient égarés dans les plus beaux filets de son affection. La peinture est désormais bien fade tant les couleurs ont étés diluées par les torrents de larmes du vide de sa vie.

Assis, le dos courbé vers l'avant et les yeux pleins de nostalgie, il observe comme un vieux pêcheur silencieux devant le grondement sourd et lointain d'une mer prête à se déchaîner. Témoin de ce qui se passe devant lui, il n'a plus les forces nécessaires pour prendre part à un nouveau combat sans fin. Antoine se dit que si les filets emplis de poissons ne sont plus pour son semblable marin, alors les déceptions ne sont plus faites pour lui. A son tour, il prend goût à la passivité et s'apprête à flancher face aux intempéries qui ont inondé sa vie. Le ciel se met à grogner, certainement pour manifester son mécontentement, et recouvre rapidement les derniers rayons du soleil par un épais manteau sombre et humide. Tel un vieillard qu'il est, assis sur un banc bien plus jeune que lui, il reste stoïque face au temps qui le menace. Comme le grand bâtiment en béton armé, abritant les dockers, Antoine reste fièrement figé contre raz-et-marée.

Quel noble endroit que celui qui l'a vu naître, grandir puis dépérir au fil du temps. Robuste, tel un vieux chêne, il ne rompt pas et laisse le vent s'engouffrer dans ses cheveux blanchis par les âges. L'air salé lui rappelle, avec tristesse, les temps où il avait rencontré sa femme, encore belle et fraîche, dans un bistrot situé aux alentours d'un vieux port de Normandie. Le soleil n'en finissait plus de briller ces jours-là et lui, il restait assis imperturbablement à la terrasse. Sa femme, qui s'appelait Rose-Marie, faisait le service et l'observait malicieusement, cachée derrière le bar. Antoine s'était contenté de l'admirer lorsqu'elle venait lui apporter le café. Une petite semaine durant, il n'avait osé s'impliquer d'avantage, pensant certainement qu'il commettrait une erreur. Puis un beau jour, Dieu seul sait ce qui lui prit, il s'enfuit avant d'être servi en ne laissant qu'un mot sur la table. La quête de la jeune femme ne dura que quelques jours avant qu'elle ne retrouve son futur amant.

Certains prennent Antoine pour un fou lorsqu'ils l'aperçoivent, car il se parle souvent à lui-même. D'autres pensent qu'il est peut-être mourant. Personne ne vient à ses côtés pour lui venir en aide car tous craignent sa réaction. Ce vieil homme, aux traits tirés comme ceux des marins, ayant perdu son épouse depuis une dizaine d'années, erre désormais comme un fantôme dans les rues désespérément glauques de la ville. Tous ceux qui eurent connaissance un jour de son prénom ont aujourd'hui disparu, l'abandonnant sur le parvis de la mort.

Désormais, il attend son tour face à une mer déchaînée, qu'il a maintes fois supplié de lui rendre sa femme. Il attend patiement qu'un fier bateau acoste, comme ceux qui équipaient la marine lors des grandes conquêtes, pour pouvoir rejoindre sa tendre sirène perdue au milieu des eaux de l'océan. Emmitouflé dans son manteau et protégé du vent par son épaisse barbe grisâtre, il maintient ses doux yeux bleus et limpide entrouverts pour ne pas manquer un instant de ses derniers moments sur terre.

jeudi, 04 septembre 2008

Extrait de texte

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Elle était juchée sur un meuble de bois, ses courbures étaient tendrement détourées par une lumière flamboyante dont elle se servait pour prendre soin de son visage. J'avais vue sur son splendide profil. Elle tenait une petite glace dans sa main gauche, un ustensile dans l'autre, elle profitait d'un instant propre à nous deux pour œuvrer à se rendre encore plus belle qu'elle ne l'était déjà. Tantôt les doigts glissant contre sa peau, tantôt un morceau de coton contournant ses douces pommettes légèrement rosées. Malgré ce spectacle auquel je m'étais convié, elle gardait une certaine pudeur en ne laissant apercevoir que sa silhouette par le biais de cette lumière faisant comme un halo autour d'elle. Ce mystère qu'elle entretenait la rendait très sensuelle et je ne cessais d'admirer ses gestes que seules les femmes maîtrisent. Parfois, j'espérais secrètement qu'elle se tourne vers moi puis qu'elle glisse lentement, les jambes en avant, du meuble sur lequel elle s'était assise pour venir m'offrir la grâce de ses formes. Elle restait placide malgré les yeux doux que je lui montrais, et qu'elle ne pouvait de toute façon pas voir à cause de la lumière.

Ensuite, elle descendait de son promontoire, j'avais espoir qu'elle vienne me décrocher un baiser mais malgré tous mes efforts pour l'apercevoir, j'avais beau plisser les yeux, cette satanée lumière me privait de son joli visage ; c'était à la fois agaçant et excitant de ne pouvoir la dévisager qu'au travers des souvenirs que j'avais de son ravissant sourire et de ses yeux pétillants. Elle faisait mine de ne pas m'avoir remarqué, comme pour ne pas satisfaire mes envies et faire monter le désir en moi. Je trépignais d'impatience, et elle continuait son rituel de beauté. Elle marchait devant moi, entre le meuble et le canapé sur lequel je m'étais réfugié, puis allait observer le travail qu'elle avait accompli dans un grand miroir qui était situé à ma gauche. Le bois de chêne encadrait le reflet de son corps que je voyais enfin se détacher de la lumière qui matraquait mon cœur depuis une dizaine de minutes et qui me privait de sa magnificence.
Sa peau veloutée était d'un pâle stupéfiant de beauté et d'une douceur divine mais soudain, elle frissonna et eu la chair de poule. Une légère vague de froid venait de s'engouffrer entre le battant de la fenêtre entrouverte. Il m'avait également envahi mais moi, il m'avait plutôt apaisé car j'étais brûlant de tout ce que j'espérais silencieusement, blotti dans le fond de mon canapé blanc cassé immaculé. Ses mains se raidirent légèrement puis elle tressaillit, sentant mon regard de feu arpentant la moindre parcelle de son dos.

mercredi, 05 mars 2008

L'aveugle

Ce vieil homme seul,
Là, errant dans les rues.

Pour lui, les feuilles
Sont des êtres déchus,
Les ombres n’existent pas,
Aucune éclaircie pour s’immiscer,
Au grès de ses pas.

Lent, toujours aux aguets,
Une lutte de chaque instant,
Partout, règne un danger,
Même dans le souffle du vent,
Ca, il ne peut y échapper.

Malade, il est gêné,
Ses tourments n’ont point d’image,
Qu'une représentation par l’abstrait,
Doucement, se tournent les pages,
De son histoire, invisible
A ses yeux, les objets.
Aucune couleur, tout est miscible.
Un arbre n’est que tronc.

Ne sachant de quoi il a peur
Il avance à tâtons,
Ses pensées broient l’horreur,
Sa canne blanche,
Elle qu’il ne peut voir,
Heurte les branches
Qui traînent sur le trottoir.

Les regards sans fond,
Il ne peut les apprécier,
Le temps est long,
Il voudrait s’éventrer.

mardi, 26 février 2008

Poème du passé

Pensée libérée


Ici, un mot, des vers.
Au grès de ma plume,
Sous la domination de mes pensées,
Ils constituent la preuve
Que les dires de mon esprit
Sont ressentis par mon corps
Et que mon âme y consent.


L’harmonie de ces trois pouvoirs
M’oblige aujourd’hui à écrire ces lignes.
Ensemble, ils guident ma vie,
Me mènent sur le chemin du destin.


Mais maintenant mon esprit est triste,
Mon cœur brûle
Et mon âme souffre
Car ces dernières phrases,
C’est moi qui les ai choisies.

Pour toujours, je veux avoir le choix,
La liberté de prendre soin de moi.

 

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Durant mes années de lycée, plutôt que de faire la fête à plein temps, j'ai pris le temps d'écrire quelques poèmes. Ainsi, aujourd'hui, j'ai décidé d'en remettre quelques uns au goût du jour en les publiant sur ce blog. Je ne me considère pas comme un grand poète mais j'espère tout de même que ces mots ne vous auront pas laissés indifférents.

Amour

Qu'est-ce que l'amour ?

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C'est la question qui nous titille tous, nous oblige à creuser au plus profond de nos sentiments, et surtout, celle que l'on se pose éternellement tant que l'on a pas encore été enveloppé par cette impression de plaisir ultime. Seul lorsqu'on y a goûté on peut prétendre l'avoir saisi et pourtant il reste bien souvent indéfinissable. Je vais tenter d'apporter une réponse à cette question existentielle.

 

On pourrait se dire que l'amour n'est qu'une suite de compromis où chacun prend sur soi pour donner, sans compter,  à l'autre ce qu'il désire afin de ne pas le contrarier, au nom de leur union sentimentale.

Il est également envisageable de se dire que c'est la relation qui lie deux êtres ayant une âme-soeur, partageant le même destin, la même vision des choses, voguant tous deux sur une mer paisible.

Au contraire, on peut croire que c'est l'union de deux personnes ayant chacune une particularité faisant défaut à l'autre. Que c'est cette complémentarité qui fait la solidité des fondations de leur amour.

 

Mais finalement, ne serait-ce point cette chose que l'on s'acharne à vouloir définir alors que chacun d'entre nous la perçoit différement ?
L'amour est si abstrait que même les sages n'ont pas de mots pour en parler, personne ne peut se vanter de l'avoir cerné, de l'avoir saisi ou encore de l'avoir évité. Cependant, chacun d'entre nous est sensible à ses vibrations. Elles sont si fortes que nous avons l'impression d'avoir, sur le bout de la langue, les phrases qui exprimeront notre ressenti.

Que nenni ! L'amour, pour rester intègre, ne doit pas pouvoir se dompter. Et c'est pour cela qu'il a adopté une parade infaillible. Il se transforme comme bon lui semble. Il n'est point nécessaire pour certains, il est indispensable pour d'autres :

Il est ce que l'on veut que ce soit !